Le vibromasseur


Le vibromasseur fut inventé en 1869 par Georges Taylor. C’était un appareil à vapeur très encombrant (imaginez un aspirateur…). Dans le même temps, apparaît aussi un vibrateur manuel mécanisé que l’on faisait fonctionner à l’aide d’une manivelle (et moi pendant c’temps là j’tournais la manivelle…) ce qui permettait la production de vibration sur une tige caoutchoutée.

La création de ces objets est destinée à un traitement médical. Le massage clitoridien, ou thérapie par l’orgasme, est utilisé comme traitement de l’hystérie. La morale ne fait pas d’obstacle à ce traitement puisqu’à l’époque, la jouissance clitoridienne n’est pas reconnue à la femme (heureusement que les temps changent… !). Au dire des médecins, il faut compter une heure pour amener une patiente au paroxysme, temps trop important pour les thérapeutes, d’où la création d’objets qui se mécanisent.

En 1880, le médecin britannique Joseph Mortimer Granville (1833-1900) fait breveter le premier vibrateur électromécanique, permettant de traiter six patientes à l’heure au lieu d’une seule (on n’arrête pas le progrès).

C’est aux Etats Unis que l’usage dans le cercle privé va commencer à se démocratiser : on conseille au mari d’acheter un vibrateur à sa femme pour la bonne marche du foyer, pour la relaxation de l’épouse… Le vibrateur électrique apparaît alors dans (tous) les foyers, pour devenir l’un des cinq objets domestiques les plus courants après la machine à coudre, le ventilateur, la bouilloire et le grille pain… On présenta, à l’exposition universelle de Paris en 1900, une douzaine de modèles (en bois, en caoutchouc, en métal, avec des fils électriques), ils fonctionnaient grâce au courant électrique, avec des batteries, un moteur à essence ou même une turbine hydraulique.

Vers 1905, le vibrateur, devenu vibromasseur devient plus petit et portatif. On trouve des réclames dans des magazines féminins américains comme Modern Woman ou dans Needlecraft, un magazine sur l’art de tricoter. L’entreprise Sears Roebuck, équivalent de La Redoute, des 3 Suisses…, intègre le vibromasseur à son catalogue de vente par correspondance.

C’est en 1920 qu’on admet (enfin…) l’existence de la sexualité féminine. La morale collective fustige alors tout appareil permettant de stimuler sa sexualité. Le vibromasseur disparaît des catalogues et des cabinets médicaux. Parallèlement, on le voit apparaître dans un film pornographique. Il devient alors objet tabou et par la même (prohibition oblige…) objet clandestin (je vous laisse imaginer les équivalents de Al Capone du vibromasseur…).

(Trop) longtemps après, c’est les années 70 et la libération sexuelle qui font sortir le vibromasseur de l’ombre qu’on lui avait imposé. L’accès aux moyens de contraception se démocratise, on distingue les plaisirs liés à la sexualité de la reproduction. La presse populaire française fait la publicité de l’objet du délit, et nos catalogues de vente par correspondance proposent à la vente le vibromasseur. Toutefois, c’est l’usage médical qui est à nouveau mis en avant avec la promesse d’une bonne circulation sanguine.

On verra plus tard des mannequins poser pour ces mêmes catalogues, un vibro à la main posé contre leur joue ayant comme référencement catalogue le titre hypocrite de « masseur faciale » !!! On trouve alors à la vente des vibromasseurs dans les magasins spécialisés : les sex-shops. Ces boutiques, pour la plupart, librairie érotique à leurs origines, disposent d’une très mauvaise image. Elles représentent la masturbation masculine car elles permettaient l’accès à des petites salles de cinéma où l’on pouvait visionner des films pornographiques. L’image peu flatteuse a laissé dans l’obscurantisme les accessoires de plaisir tel que le vibromasseur.

Chez nos voisins américains, les choses évoluent peu à peu et c’est en 1987 que L’American Psychiatric Association (APA) élimine la nymphomanie de sa liste des troubles mentaux reconnus, ainsi que son équivalent masculin, le donjuanisme. (Il est « amusant » de constater que le mot « donjuanisme » nous paraît joli et le mot « nymphomanie » vulgaire !).

C’est vers la fin des années 90 que les premières boutiques chics apparaissent. Exit le gode, voici le dildo (traduction anglaise), le vibromasseur se raccourci en vibro et le terme de sextoy fait son entrée dans le monde glamour. Entre autre grâce à Sonia Rykiel qui proposera dans son magasin parisien vibromasseur et godemiché dans une atmosphère feutrée (mais au sous-sol quand même…). Les médias s’emparent du phénomène et c’est le début de l’histoire moderne des objets de plaisir.

Couleurs vives et acidulées, formes dé-culpabilisantes, les sextoys envahissent notre quotidien. Tous les magazines féminins ont parlé au moins une fois du phénomène. Rubrique « Tendance », « Sexy », « Glamour » et j’en passe, le tabou tombe peu à peu.

La télévision fait aussi partie des promoteurs avec divers reportages sur les chaînes publiques ou privées. Ce serait un regrettable oubli de ne pas parler du phénomène de la série « Sex and the City ». Diffusé depuis longtemps en France, on connaît pratiquement tous les aventures des quatre célibataires endiablées : Carrie, Charlotte, Miranda et Samantha. C’est aussi grâce à la série et la mythique scène de Miranda qui présente le Rabbit Pearl à Carrie et Charlotte, ou encore Samantha qui se sert d’un vibro pour endormir le fils de Miranda…

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